J’ai fait ce rêve, étrange et pénétrant…

D’une fédération qui m’aime et que j’aime, et qui me plonge en l’An I d’une nouvelle ère dictatoriale. Au lendemain de cette victoire incontestée, sinon contestable, de la liste emmenée par Monsieur Z…
The winner takes it all, philosophait en son temps ABBA, le vainqueur emporte tout. Et qu’importe que les 15 noms couchés sur cette liste Z ne représentent au bout de ce nouveau processus électoral que 25% ou même 30 % des licenciés de la FFFA. Nous venions de leur confier les clés du camion et la combinaison du coffre fort sans pouvoir désormais savoir concrètement ce qu’ils allaient en faire.

Loin d’être un rêve utopique, il n‘est peut être pas inutile en préambule de rappeler que pour la prochaine AG fédérale élective, qui devrait se tenir l’hiver prochain, le système de désignation du nouveau Comité directeur se fera par ce savoureux scrutin de liste majoritaire à 2 tours.
Ce système prévoit que la liste arrivée en tête à l’issue du vote des ligues – ou plus exactement le vote des représentants des structures affiliées à la Fédération élus par les assemblées générales des ligues régionales (dixit les statuts) – soit au premier tour (majorité absolue) soit au second (majorité relative) emporte l’ensemble des 15 sièges disponibles au sein du Comité directeur.
Et le Bureau fédéral issu de ce Comité directeur fraichement élu sera obligatoirement constitué des 7 premiers noms figurant dans l’ordre sur la liste. Monsieur Z étant le premier, il sera de fait président. Le second sera trésorier, le 3e secrétaire, etc.
Autant dire que le travail en amont et les tractations pour constituer la liste valent d’ores et déjà le détour et son pesant de cacahouètes. En période pré-électorale, tous les futurs élus sont vos amis.

Si nous n’avons au départ qu’une seule liste candidate, il semble assez logique qu’elle soit entièrement intégrée. Ce serait en revanche un signe évident de faiblesse de notre fédération puisque personne d’autre n’aurait l’ambition positive de faire bouger les lignes et de s’impliquer, écœuré par les affaires, les dossiers et les choix du Prince à répétition.
Mais dans le cas de deux listes « concurrentes » voire de plusieurs listes aux programmes différents comme cela semble être la tendance actuelle (même si des rapprochements de dernières minutes sont envisageables), alors un souci réel et sérieux de représentativité va être mis à jour. Car aucune opposition ne sera plus présente au sein des instances fédérales et les vainqueurs auront carte blanche. Même éclairée, cela s’appelle une dictature car aucun contrepoids ne pourra freiner ni les choix ni les actions ni les dérives.

Là, on va me dire qu’il ne faut pas préjuger des intentions et que les futurs élus sont a priori là pour défendre nos intérêts communs et faire progresser nos disciplines. Cela est vrai pour eux comme ce devait l’être pour tous ceux qui les auront précédés et que nous avons tous à tour de rôle, pour des raisons différentes et parfois antagonistes, tentés plus ou moins franchement et raisonnablement de débarquer du navire…

Bien sûr, ils se sont engagés à suivre un programme, à appliquer des idées, à mettre en place de nouvelles procédures, pour le bien de tous et le bonheur de chacun, pour la gloire de notre sport et sa pérennité. Croix de Bois… Sinon l’Enfer ?
Bien sûr, il reste toujours la possibilité de provoquer une nouvelle AG extraordinaire, avec 1/3 des licenciés au moins montant cette fois vraiment au front. Mais est-ce que tous ceux qui ont innocemment et benoitement laissé la situation se reproduire encore et encore seront une fois de plus absents du rendez-vous ?

Comparaison n’est pas raison, mais il n’est pas inutile de rappeler qu’un système comparable est en vigueur aux USA pour la désignation des grands électeurs lors des élections présidentielles américaines.
En considérant d’une part les représentants des ligues comme l’équivalent de ces grands électeurs au sein de chaque État de l’Union, avec chacun un « poids en voix» qui dépend du nombre d’habitants (de licenciés) et, d’autre part, chacune des listes de 15 constituées comme les candidats au poste suprême (puisque finalement chaque liste sera menée par un présidentiable identifié), alors on va bien se retrouver avec la possibilité :
1) d’un président élu en étant minoritaire en voix totales des habitants (Clinton en 96’ : 23%) mais arrivé chaque fois de justesse en tête de tous les candidats dans les Etats les plus denses
2) de voir nombre d’idées et de propositions ensevelies sous le poids du seul programme vainqueur (Bush en Floride obtient tous les votes des grands électeurs alors qu’il n’enregistre sur plusieurs millions de votants que 550 voix de plus que ses adversaires !).

Et là, vous me dites, c’est la démocratie, mon pauvre Lucien.
Certes, dans le monde parfait de Oui-Oui, nous tous, licenciés de base de tous les clubs de l’hexagone, avons exprimé notre choix auprès de nos dirigeants de club respectif, qui se sont à leur tour réunis au sein des Ligues régionales pour transmettre nos choix individuels et en faire une volonté collective. Sauf que ce nouveau scrutin prévoit que chaque ligue ne pourra finalement voter que pour une seule liste. Ce choix collectif, propre à chaque ligue, sera donc indicible et sera connu de tous avant même le vote lors de l’AG fédérale.
Le seul avantage, c’est que cette fois le représentant ne pourra pas soupoudrer son vote, oublier de respecter son mandat ou négocier son précieux bulletin au dernier moment pour tel ou tel candidat. Car on saura tous avant quel fut le vote de sa ligue, et donc forcement quelle liste doit obtenir les voix de cette ligue-là.
A moins qu’il ne choisisse de trahir la confiance de sa ligue, ce qui reste une possibilité qu’on a déjà rencontrée et dont il devra, espérons-le, assumer les conséquences…

Concrètement, si 4 listes se présentaient lors de la prochaine AG, il est fortement envisageable que la liste victorieuse emporte les 15 postes du Codir en n’ayant convaincu que 25,001% des licenciés au niveau des clubs mais obtenu 100% des votes des représentants des ligues si dans toutes les ligues, le même scenario se reproduit et que cette liste arrive chaque fois en tête, ne serait-ce que d’une seule voix.
Tout ça sent donc la foire d’empoigne à tous les étages pour terminer quoiqu’il advienne en tête des votes, si mince que soit l’avance.

Car on ne pourra pas cette fois se dire un tel, ok, celui-là non, celle-là pas question, celui-ci, banco. Non, ce sera un lot, belles oranges et poires blettes comprises. Et je prends les paris que les rancœurs et les histoires de familles vont ressortir des placards sur tel ou tel nom. Au fil du temps, on peut même observer ceux qui ont été sortis par la porte et sont revenus par la fenêtre, et qui n’attendent que le moment de passer désormais par le pont-levis.
Même ceux dont on pense qu’ils pourraient ou auraient pu faire consensus se retrouvent à la lumière du pouvoir avec moult casseroles et sorties de routes douteuses.
Aussi, sélectionner un panier garni sans pouvoir choisir ce qu’on y met dedans peut vite tourner à la mauvaise soupe.

Si à titre personnel, je ne veux pas de Monsieur Z comme président mais que Monsieur Y, son théorique futur secrétaire général me paraît plus à même de gérer les affaires fédérales, ben je n’y peux rien.
Si mon coéquipier considère que Madame B n’a rien à faire au sein du comité directeur, ou que 5 des 15 membres de la liste C ont déjà été aux affaires et ont démontré au mieux leur inconsistance, au pire leur nocivité, eh bien tant pis, c’est un lot à prendre ou à laisser. Quand on connaît le mal qu’ils vont avoir à remplir le quota de femmes, trouver au moins un joueur de haut niveau, un spécialiste de la gestion et un médecin, on ne va pas non plus les obliger à ne dénicher que des lapinous vierges de 6 mois.

Les partisans intéressés de ce système revendiquent la cohérence de l’action, l’osmose du groupe, les affinités de la pensée. Soit. J’attends volontiers de voir les listes proposées pour déceler la profondeur de l’osmose et la réalité des intérêts convergents. La solidarité de façade qu’on a vu hélas si souvent s’effriter à chaque mandature ne me pousse pas à l’euphorie béate. En revanche, entendre directement les partisans de telle ou telle ligne directrice revendiquer, se positionner et assumer leurs idées me paraît une saine méthode pour convaincre. Mais pour cela, il faut accepter le débat et ne pas jouer du moulinet comme ultime argumentaire.

Car dans ce cas, que va t-il se passer ? Et bien une majorité des licenciés va volontairement oublier de s’exprimer, parce qu’aucun des choix de liste ne correspondra à leur volonté. Et que finalement, ils se foutent de savoir qui dirige car ce qui leur importe le plus, c’est simplement contre qui ils vont jouer le week-end prochain. Le problème avec un tel détachement et ce laisser-faire permanent, c’est qu’on risque très vite de ne plus avoir aucun match à jouer.

Nombre de clubs vont également laisser les plus influents orienter le choix des ligues vers la liste qui sert au mieux leurs intérêts particuliers, et rarement celui du collectif fédéral. Parce que finalement, ce qui compte le plus, c’est combien de déplacements et de frais d’arbitrage, et non quelle politique sportive se met en place à l’échelon national et quel retour de boomerang les clubs risquent de prendre dans la tête, à l’image de ces sanctions financières ubuesques où une seule paire de chaussette délavée vous coute désormais 100€. Véridique ! Tout ça au nom d’un marketing de façade pour que tous les clubs looks good si jamais un merveilleux diffuseur se réveillait un matin. Le niveau de jeu et la qualité de l’accueil, on peut s’en passer, mais l’image de casques brillants au soleil et d’uniformes de galas, alors ça, on vote pour !

Avant les élections, on peut ainsi se retrouver avec 3 ou 4 listes soutenues chacune par 3 ou 4 ligues. Ils vont se regarder en chien de faïence, allant même jusqu’à s’invectiver. Avec en arrière pensée l’idée qu’une fois au pouvoir, l’ennemi finira bien par payer. Car au final, il n’en restera qu’une, cette liste savamment constituée qui cumulera tous les pouvoirs et laissera en rade 30 ou peut être 45 prétendants aigris.

Et c’est là que le système, voté par une précédente AG, prend toute sa saveur : pour éviter de se mettre à dos une flopée de frustrés sous jacents, les cadors des listes vont tenter de les convaincre avant la fin des inscriptions, soit en les invitant à les rejoindre, donc à se désister, soit en tentant de les séduire. Les promesses ne tiennent que pour ceux qui y croient.
On pourrait croire que cela s’appelle le débat et le dialogue démocratique, mais en réalité cela se transforme en petits arrangements entre amis au détriment du, des camps d’en face.
Plutôt que d’essayer ouvertement et publiquement de convaincre et d’échanger, on va tenter d’asphyxier l’adversaire et le priver de soutiens.

Ce n’est pas la liste unique qui m’inquiète, mais comment, par qui et pour qui elle est constituée. Comme on est quasiment sûr qu’aucun programme ne va revendiquer le déficit budgétaire, l’arrêt du cheerleading ou la fin des équipes de France (quoiqu’en flag, certains aient eu des velléités), il va bien falloir trancher sur des idées et les moyens de les mettre en place.
Je reste un partisan de l’effort individuel au service du collectif, et je m’attache à la valeur et à l’implication des hommes plutôt qu’à l’approbation d’un listing incontrôlé. Je continue donc de revendiquer, comme licencié de la fédération, le droit de choisir individuellement les hommes et les femmes qui seront les plus aptes selon moi pour nous diriger. Le système électif actuel ne le permet plus. Il me faudra donc choisir parmi les listes celle qui intègre le maximum de compétences et de sincérité, qui ne promettra pas la lune mais les moyens d’y arriver. Cohérence et engagements, plutôt que poudre aux yeux et renoncements.

Voilà pourquoi je me prépare à aller voter le moment venu. Au sein de mon club, parce que c’est bien là que tout commence. Et c’est bien là que le débat doit commencer. Une fois un choix clairement établi, il faudra aller convaincre au sein de ma ligue. C’est là que le dialogue prend son ampleur, lorsque les choix diffèrent, parfois s’opposent, mais qu’ils s’expriment, reposant sur des programmes crédibles et argumentés.
Et qu’ils ne se résument pas à devoir décider entre plusieurs pages de slogans et de promesses toutes si belles et tellement utopiques. N’ai-je pas lu quelque part qu’on nous promettait d’atteindre les 50.000 licenciés d’ici pas longtemps. Et que pour cela, il n’y avait plus qu’à, il suffisait simplement de signer des licences en veux-tu en voilà. Et pourquoi pas un crowdfunding pour atteindre cet objectif ? Une telle démagogie ne s’invente pas, elle se subit et on continuera de la subir à force de ne rien faire… et ya basta !

Cubitus

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